Fiche de paie : où va l'argent ?
Du coût payé par l'employeur au salaire versé sur le compte : où va l'argent, pourquoi une augmentation rapporte si peu, et pourquoi les retraites pèsent autant. Choisissez un salaire, la leçon se recalcule.
- Net avant impôt
- Coût employeur
Salarié non cadre à temps plein, en CDI. Hypothèses et taille d'entreprise
1 · Le partage
Où va l'argent de votre travail ?
2 · Et si on vous augmentait ?
Pourquoi une augmentation rapporte si peu
Pour ce salaire, l'augmentation franchit le seuil de sortie de la réduction générale : l'employeur perd d'un coup la réduction minimale, d'où un coût plus élevé.
3 · Les retraites
Le poids des retraites dans vos cotisations
du salaire brut est consacré aux retraites, parts salariale et patronale réunies, avant réduction générale. Pour le salaire sélectionné () : %, soit par mois. Jusqu'au plafond de la Sécurité sociale, ce taux vaut exactement 27,98 % ; au-delà, il varie à peine, la complémentaire prenant le relais de la retraite de base. Ces sommes paient les pensions des retraités actuels : c'est le principe de la répartition.
Les cotisations ne financent qu'environ deux tiers des retraites. Le reste vient d'impôts affectés, de contributions puisées dans le budget de l'État et d'autres branches, et les déficits sont couverts par l'emprunt.
Lire l'analyse « Ce que la fiche de paie ne dit pas du financement des retraites » →Depuis 1967, des cotisations en hausse pour de moins en moins de cotisants
En haut : taux de cotisation retraite d'un salarié non cadre sous le plafond, parts salariale et patronale réunies (régime de base et complémentaire), en % du salaire brut. Avant 1967, au régime général, une cotisation unique couvrait toutes les assurances sociales, sans part retraite distincte. De 1983 à 2001, la cotisation finançant la retraite à 60 ans dans les régimes complémentaires (ASF) est estimée à 2 %, niveau de l'AGFF qui lui a succédé (tracé en pointillés).
En bas : cotisants par retraité au régime général. Tous régimes confondus, le rapport est de 1,8 en 2023 (DREES).
Sources : CNAV, Recueil statistique 2019 ; COR, documents du 28 janvier 2009 ; Institut des politiques publiques, barèmes ARRCO ; Insee-DREES.
Pour aller plus loin
Le détail
Chaque caisse, et ce qu'elle finance
Les cotisations sont collectées par l'Urssaf, puis reversées aux caisses. La CSG, elle, est répartie entre plusieurs branches selon une clé fixée par la loi. Touchez une ligne pour voir ce qu'elle finance.
Cotisations et contributions : par mois
Dont pris en charge par l'État au titre de la réduction générale : l'employeur ne les paie pas ; l'État les compense aux caisses, principalement en leur affectant une part de la TVA (27,36 % du produit de la TVA en 2026, selon le projet de loi de finances), complétée par la taxe sur les salaires. Cette part de TVA est fixée à l'avance : son montant dépend des recettes de TVA, et non du coût réel des allègements, de sorte que les deux peuvent ne pas coïncider.
Cotisations patronales avant réduction générale. CSG ventilée selon la clé légale de répartition (CSS, art. L. 131-8).
Le bulletin ligne par ligne, avec les taux
| Rubrique | Base | Taux salarié | Part salarié | Taux employeur | Part employeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Total des cotisations | |||||
| Salaire net avant impôt | |||||
| Coût total employeur |
La CSG : 9,2 points répartis entre cinq destinataires
Créée en 1991 à 1,1 %, la CSG est un impôt affecté : elle ne crée pas de droits propres. Sur les salaires, la loi en répartit les points ainsi :
Code de la sécurité sociale, art. L. 131-8, version en vigueur en 2026.
Hypothèses et sources
- Salarié non cadre, en CDI à temps plein, sans mutuelle ni prévoyance d'entreprise. Taux accidents du travail fixé à la moyenne nationale.
- Étapes 1 et 2 : la part des cotisations prise en charge par l'État (réduction générale) est répartie entre les caisses au prorata des cotisations patronales. La réduction s'imputant sur l'ensemble de ces cotisations, l'approximation est proche de la réalité.
- Calcul sur un mois isolé. En pratique, la réduction générale se calcule sur l'année et se régularise mois par mois. Pour 2026, son SMIC de référence reste celui du 1er janvier (12,02 €/h), même après la revalorisation du 1er juin (décret n° 2026-509 du 12 juin 2026).
- SMIC : 1 867,02 € brut par mois depuis le 1er juin 2026. Plafond de la Sécurité sociale : 4 005 € par mois.
- Les montants reproduisent ceux du simulateur officiel de l'Urssaf (mon-entreprise.urssaf.fr, moteur « modele-social »), hors mutuelle.
- Taux : Urssaf, taux de cotisations du secteur privé ; Agirc-Arrco ; Unédic.
- Réduction générale : CSS, art. L. 241-13 et D. 241-7 ; décrets n° 2025-887 du 4 septembre 2025 et n° 2025-1446 du 31 décembre 2025.
- Répartition de la CSG : CSS, art. L. 131-8.
- Dépenses par branche : Direction de la Sécurité sociale, Les chiffres clés de la Sécurité sociale 2024, édition 2025. Soldes 2025 : comptes de la Sécurité sociale arrêtés en mars 2026.
- Unédic, Situation financière de l'Assurance chômage 2025-2027, juin 2025. Agirc-Arrco, résultats 2025, communiqué du 31 mars 2026. CADES : Sénat, avis sur le PLFSS 2026.
- Compensation des allègements par la TVA : Sénat, rapport sur le projet de loi de finances pour 2026, conditions générales de l'équilibre financier ; CSS, art. L. 131-7.
- Transferts de la branche famille vers les retraites : Fondation iFRAP, « 74 % de la solidarité des retraites payés par les entreprises », juillet 2024, d'après la Commission des comptes de la Sécurité sociale (mai 2024).
- A. Bozio et É. Wasmer, Les politiques d'exonérations de cotisations sociales : une inflexion nécessaire, rapport au Premier ministre, octobre 2024.
Retraite de base. Le système fonctionne par répartition : les cotisations versées aujourd'hui paient les pensions d'aujourd'hui. Elles ouvrent des droits pour la retraite future du salarié, mais ne constituent pas une épargne mise de côté. Les cotisations vieillesse financent les pensions du régime général, versées par l'Assurance retraite. En 2024, les régimes de base ont versé 288,5 Md€ de pensions à 17 millions de retraités. La branche vieillesse a enregistré un déficit de 7,2 Md€ en 2025.
La vieillesse plafonnée porte sur le salaire jusqu'au plafond de la Sécurité sociale et ouvre les droits ; la vieillesse déplafonnée porte sur tout le salaire mais n'ouvre aucun droit supplémentaire au-delà du plafond : c'est une cotisation de solidarité.
Ces cotisations ne suffisent pas : environ un tiers des ressources des retraites vient d'impôts, du budget de l'État et d'autres branches. Lire l'analyse.
Retraite complémentaire. Agirc-Arrco verse environ 101 Md€ de pensions par an à 14 millions de retraités, financés par les cotisations de 28 millions de salariés. Résultat 2025 : +1,4 Md€ ; réserves : 91,2 Md€.
Régime par points : les cotisations achètent des points, convertis en pension au moment du départ. Seuls 100/127e des cotisations créent des points (taux d'appel de 127 %), et les contributions d'équilibre (CEG, CET) n'en créent pas : elles servent à équilibrer le régime.
Santé. La cotisation maladie (13 %, à la seule charge de l'employeur) et 4,25 points de CSG financent l'Assurance maladie : 234,6 Md€ de prestations en 2024, dont soins de ville (42,9 %), établissements de santé (41,1 %) et médico-social (12,2 %), ainsi que les indemnités journalières.
C'est la branche la plus déficitaire : −15,9 Md€ en 2025. Les soins sont remboursés à toute personne résidant en France, qu'elle cotise ou non.
Chômage. L'employeur verse 4 % à l'Unédic ; depuis fin 2018, le salarié ne cotise plus et 1,47 point de CSG remplace sa part. En 2024, l'Unédic a reçu 44,4 Md€ de contributions, dont 17,3 Md€ de CSG, et versé 35,9 Md€ d'allocations. 11 % des contributions (4,8 Md€) financent France Travail.
L'AGS garantit le paiement des salaires lorsque l'employeur fait l'objet d'une procédure collective.
Famille. La cotisation d'allocations familiales (5,25 %) et 0,95 point de CSG financent la CNAF : 40,9 Md€ de prestations familiales en 2024, dont les allocations familiales et la prestation d'accueil du jeune enfant. Solde 2025 : +1,2 Md€.
Logique universelle : les prestations dépendent de la situation familiale, pas des cotisations versées.
Une partie de la branche famille finance aussi les retraites : en 2023, la CNAF a versé environ 10 Md€ au système de retraite, dont 4,9 Md€ au titre de l'assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF), qui valide des trimestres pour les parents ayant réduit ou cessé leur activité, et 5,4 Md€ pour les majorations de pension des parents d'au moins trois enfants (iFRAP, d'après la Commission des comptes de la Sécurité sociale).
Autonomie. Créée en 2020, la cinquième branche de la Sécurité sociale finance l'accompagnement des personnes âgées et handicapées (allocation personnalisée d'autonomie, prestation de compensation du handicap, établissements). Dépenses 2024 : 39,9 Md€.
Elle reçoit la contribution solidarité autonomie (0,30 %, contrepartie de la journée de solidarité) et 2,08 points de CSG.
Accidents du travail et maladies professionnelles. Seul l'employeur cotise, à un taux fixé pour chaque établissement selon sa sinistralité : 2,08 % en moyenne en 2026. La branche a versé 13,0 Md€ de prestations en 2024 : rentes d'incapacité (37 %), indemnités journalières (32 %), soins (20 %).
Dette sociale. La CRDS (0,5 %) et 0,45 point de CSG remboursent la dette accumulée par la Sécurité sociale, transférée depuis 1996 à la Caisse d'amortissement de la dette sociale. Fin 2024, 258,6 Md€ avaient été amortis ; environ 138 Md€ restaient à rembourser, avec une extinction prévue au plus tard en 2033.
Formation et apprentissage. La contribution à la formation professionnelle, la taxe d'apprentissage et la contribution au dialogue social sont collectées par l'Urssaf. Elles financent l'apprentissage, la formation des salariés et des demandeurs d'emploi (via France compétences), ainsi que le fonctionnement des organisations syndicales et patronales.
Le taux de la contribution formation passe de 0,55 % à 1 % à partir de 11 salariés.
Logement. Le FNAL finance les aides personnelles au logement : 0,10 % sur la tranche 1 sous 50 salariés, 0,50 % sur la totalité du salaire au-delà. À partir de 50 salariés s'ajoute la participation à l'effort de construction (0,45 %, l'ancien « 1 % logement »), versée à Action Logement.
Transports. Le versement mobilité finance les transports en commun. Il est dû à partir de 11 salariés ; à Paris et en petite couronne, son taux est de 3,20 %, au profit d'Île-de-France Mobilités.